Il m’est arrivé de tomber sur un thread particulièrement virulent sur X (anciennement Twitter), dans lequel l’infox sur Jean-Jacques Trogneux et la Première Dame Brigitte Macron refaisait surface. Curieux de cette énième montée de fièvre complotiste, je suis allé explorer les discussions sur les réseaux sociaux et les forums. Ce que j’ai trouvé, ce sont des dizaines de témoignages, entre crédulité, indignation, moqueries et peur face à la désinformation.
Un déferlement de fausses informations autour de Brigitte Macron
Depuis plusieurs années, la théorie selon laquelle Brigitte Macron serait en réalité née homme refait surface périodiquement. Elle a été récemment ravivée par la conspirationniste américaine Candace Owens dans sa série de vidéos “Becoming Brigitte”. Owens y soutient que Brigitte et son frère Jean-Michel Trogneux ne seraient qu’une seule et même personne. Résultat ? Des millions de vues, et une tempête virale qui s’abat bien au-delà des frontières françaises.
Lucas : “J’ai vu ces vidéos passer sur YouTube. Au début, j’étais juste choqué qu’une telle chose puisse être balancée aussi sérieusement. Mais ce qui m’a le plus dérangé, c’est la quantité de gens qui y croient.”
Comme Lucas, nous sommes nombreux à être interpellés par la facilité avec laquelle ce type d’infox se propage. C’est d’autant plus inquiétant que ces fausses accusations prennent racines dans une rhétorique transphobe profondément ancrée chez certains groupes conservateurs.
Des témoignages entre confusion et adhésion aveugle
Dans les commentaires sous les vidéos ou dans les discussions sur les forums, on retrouve plusieurs profils de réactions. Tandis que certains dénoncent la transphobie et l’absurdité des propos, d’autres se montrent séduits par l’idée qu’on leur “révèle un complot”.
Sophie : “Je me suis longuement interrogée. J’ai regardé les vidéos en entier. C’est bien monté, convaincant, mais il manquait toujours la preuve irréfutable. Ça a commencé à me mettre mal à l’aise. Pourquoi aller si loin juste pour attaquer quelqu’un ?”
J’ai aussi échangé avec un ami enseignant, Nicolas, qui m’a confié avoir surpris des lycéens discuter sérieusement de la “théorie Brigitte”.
Nicolas : “Ils en parlaient comme si c’était un fait admis. Je leur ai demandé leurs sources, c’était ‘Tiens regarde la vidéo, c’est prouvé’. Quel travail d’éducation aux médias on a encore à faire !”
Ce genre de situation reflète parfaitement l’importance vitale de l’éducation aux médias numériques, notamment dans une époque où les contenus conspirationnistes sont produits avec un certain professionnalisme audiovisuel.
Quand la transphobie et le sexisme se croisent au cœur du complot
La force de cette rumeur vient de son articulation avec des thématiques transphobes et sexistes bien plus larges. Le phénomène des “transvestigations” cible des femmes puissantes, souvent dans la sphère publique ou artistique.
Aïcha : “Je ne comprends pas cette obsession à vouloir qu’une femme ‘trop forte’, ‘trop présente’, soit forcément un homme déguisé. C’est comme si la société refusait toujours d’admettre qu’on peut être femme et puissante.”
Les propos d’Aïcha font écho à ceux de nombreuses sportives comme Imane Khélif, mais aussi d’anonymes, comme Aline, ex-joueuse de basket confiant sa propre expérience de discriminations genrées et racisées. Cela confirme ce que dénonce Maud Royer dans son livre Le lobby transphobe : au-delà de la transphobie, ces attaques véhiculent aussi un racisme latent et une misogynie insidieuse.
Qui est vraiment Jean-Jacques Trogneux ?
Le centre de ces rumeurs, Jean-Jacques – ou Jean-Michel – Trogneux, est avant tout un nom brandi pour alimenter les fantasmes conspirationnistes. Peu de réels éléments publics sur cet homme, si ce n’est qu’il est bel et bien le frère de Brigitte Macron, et qu’il a lui-même porté plainte pour diffamation après avoir vu son identité détournée.
Sur les forums, certains internautes vont jusqu’à spéculer sur sa disparition supposée, ou son absence médiatique. Ces “preuves par le vide” forment les bases du complotisme :
Olivier : “On ne trouve aucune photo récente de lui, c’est suspect non ?”
Mais comme je le rappelle souvent : l’absence d’informations n’est pas une preuve en soi. Internet permet l’existence de milliers de vies privées sans exposition publique, et ce n’est ni nouveau, ni suspect.
Conclusion : des témoignages précieux face à la désinformation
Ce tour d’horizon des réactions à l’affaire “Jean-Jacques/Brigitte Trogneux” montre à quel point les fake news, lorsqu’elles sont emballées de façon spectaculaire, peuvent séduire une partie du public, même en l’absence totale de preuves.
Heureusement, de nombreux témoignages d’internautes engagés, critiques, ou simplement lucides, permettent de contrebalancer ces narratifs et de refaire surface à la raison. Et il est crucial que nous poursuivions cette vigilance collective.
Je continuerai à documenter ces mouvements, à écouter, à lire et à m’exprimer. Car au-delà de Trogneux, c’est notre rapport à l’information, au genre, et aux discriminations qu’il nous faut reconstruire ensemble, avec patience, vigilance et humanité.